Pour ma part, et aux fins de rétablir le dialogue avec mon fils, je me suis d’abord fait aider par une coach qui se nomme Françoise Leoni van Gaver.
Son concours a été déterminant car elle m’a fait pointer du doigt des éléments que je n’avais jamais identifiés comme ayant été de lourdes maladresses et dont l’utilisation s’est révélée particulièrement payante.
Je ne suis pas le père biologique de mon fils ainé. Je l’ai reconnu à l’âge de 5 ans. Françoise a pointé immédiatement cet élément historique et m’a demandé de lui parler plus en détails de l’adoption. Suite à mon récit (au sujet de cette adoption, sa mère et moi étions d’accord, son père biologique aussi) elle me demanda si à l’époque j’avais informé mon fils de cette initiative et si j’avais sollicité son avis avant de lancer la procédure. Réponse : « non ». Mais j’ai dans un premier temps, eu beaucoup de mal à articuler le mot « non » car j’ai d’emblée compris que cela avait été une grossière erreur que de ne pas avoir invité mon futur fils à prendre part à cette décision. Je réalise que je lui ai offert cette reconnaissance comme on offre une voiture de pompier à Noël. C’est une terrible méprise et seul, je ne l’aurais jamais identifiée. De son côté, Françoise d’une perspicacité étonnante, n’a rien fait d’autre que de me demander s’il était possible de valider que je ne lui avais pas demandé son avis. Je lui ai répondu « oui » et nous avons donc validé cela. Et en dehors de cette validation, il n’y avait de sa part aucun jugement de valeur à formuler, en tous cas, pas de son côté. On valide seulement un fait et on s’en tient là. Si par la suite, celui ou celle qui est concerné par cet élément de validation veut poursuivre la réflexion c’est son droit le plus stricte mais en aucun cas, Françoise ne s’est permise de me juger sur ce que j’ai considéré de mon propre chef, avoir été une erreur lourde. Je mentionne cela avec insistance parce que je crois que cette façon de procéder est exactement celle qui permet d’accéder à une prise de conscience sans avoir le sentiment d’avoir été manipulé et donc d’adhérer pleinement aux conclusions qui s’imposent. Cette adhésion libre peut se transformer ensuite en énergie et permettre le cas échéant de positiver le négatif. Je me suis fortement inspiré de cette technique pour amener mon fils à prendre conscience des implications désastreuses de son comportement dans sa vie réelle. Sans jamais le juger ni dénigrer ses funestes activités, il est arrivé aux conclusions qui s’imposaient et qui étaient, avant nos entretiens, hors de portée pour lui.
Premier rendez-vous
Dans la foulée de cette prise de conscience, de ce déni d’individu, j’ai sollicité un rendez-vous auprès de mon fils. Je vous recommande très fortement d’agir de cette manière. « Les actifs » comme leur nom l’indique, ne chôment pas et ont un agenda de ministre. Si vous souhaitez que votre entretien se passe dans les meilleures conditions alors je vous recommande de respecter deux règles : L’une consiste à lui laisser le temps de s’organiser, l’autre de choisir un terrain neutre pour parler, hors du domicile. Un bar sympa et pas trop fréquenté constitue un terrain de choix. Le succès de cette stratégie repose sur le fait que la démarche est conviviale et ludique. Nous sommes sensibles à notre environnement. On ne se comporte pas dans un tribunal comme dans un bowling. La convivialité du lieu aidera à dédramatiser et situera sans faire d’effort particulier les propos à venir dans un cadre décontracté. Il y aura quelques entretiens dans cet endroit et il est important de bien le choisir dès le début. Préférez un lieu calme, pas trop bruyant ni trop musical ; un lieu où il est possible d’échanger tout en conservant une sphère relativement intime, à l’abri des oreilles indiscrètes. Repérez cet endroit au préalable, ne vous aventurez pas au hasard, au risque d’atterrir dans un lieu inapproprié et choisissez une heure creuse en terme de fréquentation. Enfin, le jour de votre entretien, une fois sur place et installés, commencez par couper les portables.
Apéritif : n’oublie pas que je t’aime
Le dire fût une épreuve. Un défi à la pudeur, surtout entre hommes. C’est un sujet difficile à aborder particulièrement en période de conflit, mais n’est-ce pas le meilleur moment finalement ? Certes, cet amour est sensé exister entre un père et son fils. C’est acquis. Mais en me mettant à se place, je me suis demandé s’il n’y avait pas lieu d’en douter.
Lors de ce premier rendez-vous (cela faisait des mois, voire plus, que je n’avais pas eu de tête à tête avec mon fils) je lui ai expliqué que je me faisais aider pour retrouver une forme de dialogue avec lui. L’idée principale consistait à lui rappeler que je l’aimais. Que mon attitude distante, critique voire négative ne devait pas occulter l’essentiel. Qu’il y avait sans doute de quoi s’y méprendre à l’aune de mes demandes répétées pour observer des règles de vie (ne pas fumer dans sa chambre, ne pas y manger, remettre la salière à sa place, éteindre les lumières, prendre des douches moins longues, éteindre le chauffage en cas d’absence, baisser le son de Skyrock, ne pas hurler de joie en pleine nuit, ranger ses godasses qui invariablement trainent dans le couloir, sortir son chien, ramasser ses excréments, mettre la table, se présenter au dîner si possible avant que nous ayons fini, trier son linge, etc.…). Oui, j’ai bien conscience que toutes ces remarques plombent le quotidien quand il n’y a plus que cela. Qu’elles plombent la relation quand elle se réduit à ce monologue, à ces « fais pas ci, fais pas ça » ; que moi-même je me déteste dans ce rôle de père rabat joie qui ne trouve rien d’autre à dire à son fils que des lieux communs. Rien d’autre que lui faire remarquer, non sans laisser percevoir dans mon ton excédé, une pointe de résignation, ses manquements à nos règles alors que se trouve là, derrière la porte de sa chambre un fléau que personne n’ose défier et dont les conséquences sont autrement plus lourdes qu’une salière qui stagne à côté d’une souris, qu’une paire de baskets qui traine. Toutes ces phrases n’empêchent pas l’amour. Il était important que l’arbre du quotidien ne masque pas la forêt des sentiments et de remettre les choses en perspectives.
Plat principal : pardonne moi
Dans un deuxième temps, je me suis excusé de ne pas lui avoir demandé s’il était d’accord pour que je le reconnaisse. Il s’est montré choqué (mon fils est un « gentil ») que je m’excuse pour cela estimant que je n’avais pas à le faire. Après lui avoir expliqué pourquoi au contraire j’aurais dû le faire, je lui ai demandé, bien que nous ayons convenu qu’il était trop tard depuis bien longtemps, s’il acceptait que je le reconnaisse. C’était évidemment purement symbolique et il m’a fait le grand honneur de me répondre « oui ». Je tenais à l’entendre et lui ai offert par la même occasion, la possibilité de se prononcer. Ces excuses à haute voix et cette demande de réparation l’ont tellement surpris qu’il a volé à mon secours en s’accablant lui aussi d’avoir fait des erreurs, de nous avoir déçus à moult reprises !
À cette époque, mon objectif n’était pas de le faire décrocher des jeux vidéo mais simplement de renouer quelque chose avec lui que j’estimais perdu. Je souffrais de cette relation que j’estimais des plus creuses. C’est seulement par la suite, lorsque j’ai mis en place une stratégie d’attaque contre son univers ludique, que j’ai réalisé que sans cet épisode, fait d’humilité et de compassion, les conditions du dialogue n’auraient sans doute pas été les mêmes et sa participation à mon programme de décrochage pas aussi sincère. À compter de ce jour, fait d’émotions fortes de part et d’autre, où à aucun moment n’a été évoqué son mode de vie, les conditions du dialogue et du respect étaient rétablies et ont, à notre insu, glissé dans le chargeur la première cartouche à destination de son fléau de jeu…
Son concours a été déterminant car elle m’a fait pointer du doigt des éléments que je n’avais jamais identifiés comme ayant été de lourdes maladresses et dont l’utilisation s’est révélée particulièrement payante.
Je ne suis pas le père biologique de mon fils ainé. Je l’ai reconnu à l’âge de 5 ans. Françoise a pointé immédiatement cet élément historique et m’a demandé de lui parler plus en détails de l’adoption. Suite à mon récit (au sujet de cette adoption, sa mère et moi étions d’accord, son père biologique aussi) elle me demanda si à l’époque j’avais informé mon fils de cette initiative et si j’avais sollicité son avis avant de lancer la procédure. Réponse : « non ». Mais j’ai dans un premier temps, eu beaucoup de mal à articuler le mot « non » car j’ai d’emblée compris que cela avait été une grossière erreur que de ne pas avoir invité mon futur fils à prendre part à cette décision. Je réalise que je lui ai offert cette reconnaissance comme on offre une voiture de pompier à Noël. C’est une terrible méprise et seul, je ne l’aurais jamais identifiée. De son côté, Françoise d’une perspicacité étonnante, n’a rien fait d’autre que de me demander s’il était possible de valider que je ne lui avais pas demandé son avis. Je lui ai répondu « oui » et nous avons donc validé cela. Et en dehors de cette validation, il n’y avait de sa part aucun jugement de valeur à formuler, en tous cas, pas de son côté. On valide seulement un fait et on s’en tient là. Si par la suite, celui ou celle qui est concerné par cet élément de validation veut poursuivre la réflexion c’est son droit le plus stricte mais en aucun cas, Françoise ne s’est permise de me juger sur ce que j’ai considéré de mon propre chef, avoir été une erreur lourde. Je mentionne cela avec insistance parce que je crois que cette façon de procéder est exactement celle qui permet d’accéder à une prise de conscience sans avoir le sentiment d’avoir été manipulé et donc d’adhérer pleinement aux conclusions qui s’imposent. Cette adhésion libre peut se transformer ensuite en énergie et permettre le cas échéant de positiver le négatif. Je me suis fortement inspiré de cette technique pour amener mon fils à prendre conscience des implications désastreuses de son comportement dans sa vie réelle. Sans jamais le juger ni dénigrer ses funestes activités, il est arrivé aux conclusions qui s’imposaient et qui étaient, avant nos entretiens, hors de portée pour lui.
Premier rendez-vous
Dans la foulée de cette prise de conscience, de ce déni d’individu, j’ai sollicité un rendez-vous auprès de mon fils. Je vous recommande très fortement d’agir de cette manière. « Les actifs » comme leur nom l’indique, ne chôment pas et ont un agenda de ministre. Si vous souhaitez que votre entretien se passe dans les meilleures conditions alors je vous recommande de respecter deux règles : L’une consiste à lui laisser le temps de s’organiser, l’autre de choisir un terrain neutre pour parler, hors du domicile. Un bar sympa et pas trop fréquenté constitue un terrain de choix. Le succès de cette stratégie repose sur le fait que la démarche est conviviale et ludique. Nous sommes sensibles à notre environnement. On ne se comporte pas dans un tribunal comme dans un bowling. La convivialité du lieu aidera à dédramatiser et situera sans faire d’effort particulier les propos à venir dans un cadre décontracté. Il y aura quelques entretiens dans cet endroit et il est important de bien le choisir dès le début. Préférez un lieu calme, pas trop bruyant ni trop musical ; un lieu où il est possible d’échanger tout en conservant une sphère relativement intime, à l’abri des oreilles indiscrètes. Repérez cet endroit au préalable, ne vous aventurez pas au hasard, au risque d’atterrir dans un lieu inapproprié et choisissez une heure creuse en terme de fréquentation. Enfin, le jour de votre entretien, une fois sur place et installés, commencez par couper les portables.
Apéritif : n’oublie pas que je t’aime
Le dire fût une épreuve. Un défi à la pudeur, surtout entre hommes. C’est un sujet difficile à aborder particulièrement en période de conflit, mais n’est-ce pas le meilleur moment finalement ? Certes, cet amour est sensé exister entre un père et son fils. C’est acquis. Mais en me mettant à se place, je me suis demandé s’il n’y avait pas lieu d’en douter.
Lors de ce premier rendez-vous (cela faisait des mois, voire plus, que je n’avais pas eu de tête à tête avec mon fils) je lui ai expliqué que je me faisais aider pour retrouver une forme de dialogue avec lui. L’idée principale consistait à lui rappeler que je l’aimais. Que mon attitude distante, critique voire négative ne devait pas occulter l’essentiel. Qu’il y avait sans doute de quoi s’y méprendre à l’aune de mes demandes répétées pour observer des règles de vie (ne pas fumer dans sa chambre, ne pas y manger, remettre la salière à sa place, éteindre les lumières, prendre des douches moins longues, éteindre le chauffage en cas d’absence, baisser le son de Skyrock, ne pas hurler de joie en pleine nuit, ranger ses godasses qui invariablement trainent dans le couloir, sortir son chien, ramasser ses excréments, mettre la table, se présenter au dîner si possible avant que nous ayons fini, trier son linge, etc.…). Oui, j’ai bien conscience que toutes ces remarques plombent le quotidien quand il n’y a plus que cela. Qu’elles plombent la relation quand elle se réduit à ce monologue, à ces « fais pas ci, fais pas ça » ; que moi-même je me déteste dans ce rôle de père rabat joie qui ne trouve rien d’autre à dire à son fils que des lieux communs. Rien d’autre que lui faire remarquer, non sans laisser percevoir dans mon ton excédé, une pointe de résignation, ses manquements à nos règles alors que se trouve là, derrière la porte de sa chambre un fléau que personne n’ose défier et dont les conséquences sont autrement plus lourdes qu’une salière qui stagne à côté d’une souris, qu’une paire de baskets qui traine. Toutes ces phrases n’empêchent pas l’amour. Il était important que l’arbre du quotidien ne masque pas la forêt des sentiments et de remettre les choses en perspectives.
Plat principal : pardonne moi
Dans un deuxième temps, je me suis excusé de ne pas lui avoir demandé s’il était d’accord pour que je le reconnaisse. Il s’est montré choqué (mon fils est un « gentil ») que je m’excuse pour cela estimant que je n’avais pas à le faire. Après lui avoir expliqué pourquoi au contraire j’aurais dû le faire, je lui ai demandé, bien que nous ayons convenu qu’il était trop tard depuis bien longtemps, s’il acceptait que je le reconnaisse. C’était évidemment purement symbolique et il m’a fait le grand honneur de me répondre « oui ». Je tenais à l’entendre et lui ai offert par la même occasion, la possibilité de se prononcer. Ces excuses à haute voix et cette demande de réparation l’ont tellement surpris qu’il a volé à mon secours en s’accablant lui aussi d’avoir fait des erreurs, de nous avoir déçus à moult reprises !
À cette époque, mon objectif n’était pas de le faire décrocher des jeux vidéo mais simplement de renouer quelque chose avec lui que j’estimais perdu. Je souffrais de cette relation que j’estimais des plus creuses. C’est seulement par la suite, lorsque j’ai mis en place une stratégie d’attaque contre son univers ludique, que j’ai réalisé que sans cet épisode, fait d’humilité et de compassion, les conditions du dialogue n’auraient sans doute pas été les mêmes et sa participation à mon programme de décrochage pas aussi sincère. À compter de ce jour, fait d’émotions fortes de part et d’autre, où à aucun moment n’a été évoqué son mode de vie, les conditions du dialogue et du respect étaient rétablies et ont, à notre insu, glissé dans le chargeur la première cartouche à destination de son fléau de jeu…